Chronicle of Long Lake

Chronique du lac Long

Par Richard Chartrand, 2020-07-22


2e partie, l’arrivée
C’est vers 1880 que s’est amorcé l’arrivée des premiers colons à Duhamel. À cette époque, le lac Long était déjà sous l’effet de la drave, créant ainsi l’île de la Pointe-à-Baptiste, avec une montée des eaux causée par l’écluse sur la rivière Petit-Nation. Sur une carte de 1884 (écluse aux épinettes) on y mentionne bien une écluse et non un barrage. Est-ce à dire que les draveurs pouvaient circuler entre la Chute de la Montagne et le lac Long, facilitant ainsi leur travail? En visitant le site de la « Dam à Tanascon », on y voit bien deux structures sur le lit de la rivière. Vous y trouverez aussi un panneau d’interprétation historique. Le site est situé à quelques dizaine de mètres du premier rapide de la rivière. Aussi accessible par un petit sentier en partance du chemin.

L’île de la Pointe-à-Baptiste était déjà habitée, probablement par Jean-Paptiste Bernard, un algonquin. Né en 1829 au lac Long, on le retrouve vivant sur sa ferme avec sa femme et ses quatre enfants en 1884. La carte ci-jointe (carte de l'arpenteur Mathieu, 1884) nous montre quatre bâtiments. En 1896, une autre carte, celle de l’arpenteur McLatchie nous donne plus de précision (Plan détaillé Pte-à-Baptiste). Comme mentionné dans la chronique précédente, il n’était pas seul à habiter au lac Kajakokanak (Long en algonquin). Simon Kanawato, celui qui donna son nom au lac Simon y vivait aussi, de même qu’Amable Canard blanc, du nom de l’île sur le lac Simon.

C’est aussi probablement le même Jean-Baptiste ou son fils Jean qui a donné son nom à la petite île de roche à l’embouchure de la rivière Petite-Nation, la Roche-à-Jean. Selon les récits de l’époque, une femme accompagnant les draveurs lors d’un voyage de bois, fut effrayée par un violent orage qui s’était levé sur le lac Gagnon. Pouvant difficilement manœuvrer le bateau avec l’estacade de bois qu’il traînait, elle fut laissée avec un indien du nom de Jean sur l’îlot pour la nuit On vint les rescaper le lendemain. L’histoire de cette femme vient de mon grand-père. Il parlait alors de sa mère. C’est la même histoire qu’on raconte au village. Une ancre de bateau a été retrouvée près de l’île et installée à l’entrée du village à Duhamel.

Avant la naissance de tout village, il y a d'abord l'arrivée de gens, qui, dans l’espérance d'une vie meilleure, décident d'aller s'implanter dans une région qui leur paraît favorable, soit par ce qu'ils en ont entendu parler, soit parce que les autorités décident de coloniser une région et de donner des terres, soit parce qu'ils pensent y trouver du travail et d'y fonder une famille. Ou tout simplement mais plus rarement par goût de l'aventure. À la fin du 19e siècle, la vie de tous les jours était déjà une aventure pour la plupart des gens ordinaires.

Alors que les premiers arpentages d’exploration se terminent, le lac Long est administrativement divisé en deux territoires, le canton Gagnon et le canton Preston. Duhamel s’appelle alors Preston. Les premiers colons à venir s’établir à Duhamel et au lac Long le feront à partir des années 1880. Le chemin menant au lac Long, appelé alors « chemin Mercier » sur certaines cartes, était rudimentaire. C’était plutôt un chemin de chantier… Car ce qui attirait les colons qui venaient s’établir, c’était la possibilité de travailler dans les chantiers l’hiver et sur une ferme le printemps venu.

Un des premiers à venir s’établir au lac Long fut le Rév. Amédée Thérien, chapelain de l’école de réforme de Montréal, connue aussi sous le nom de Mont St-Antoine. Arrivé en septembre 1880 avec quelques jeunes adultes ou ados dans l’espoir de les « réformer » en les intéressant à l’agriculture, il s’installa à l’embouchure de la rivière en face de la presqu’île. Il apportait avec lui quelques deux mille plants de vigne qu’il planta sur l’île dans l’espoir d’y produire du vin. Malgré ses efforts louables, ces jeunes colons veulent tout abandonner. Il ne reste aujourd’hui que le nom de l’Île-à-Raisins. Voici ce que raconte l’abbé Proulx lors d’une expédition de 8 personnes au lac Long pour visiter la jeune colonie (Voyage au lac Long, Rév. J.B. Proulx, Imprimerie du nord, 1882). Elle est composée du Rév. J.B. Proulx, d’Amédée Thérien, chef de l’expédition, de sa mère, Mme Pierre Thérien qui veut rendre visite à son petit-fils, C. Gagnon, de son frère Olaüs Thérien, étudiant en droit, de J.B. Malboeuf qui fréquente le collège et qui vient pour se choisir des terres avec deux amis, d’un Irlandais, D. McNamara, étudiant en médecine et d’un élève de l’école de Réforme, M. Rodrigue, jeune homme costaud. Ils couchent à Saint-André-Avellin d’abord, au presbytère et à l’hôtel, puis à Hartwell (Chénéville). Le voyage se fait à partir de Montréal en train et ensuite en diligence à partir de Papineauville. Décrivant ce qu’il voit et ceux qu’ils rencontrent, ce court bouquin est intéressant à lire et décrit bien les mœurs de l’époque.

« La maison s'élève sur une pointe qui s'avance dans le lac, langue de terre qui peut contenir en superficie une douzaine d'arpents propres à la culture. Déjà, tout à l’entour, une clairière de trois arpents s'est faite jour à travers les sapins, les érables el les grands ormes dont les troncs énormes gisent sur le sol comme des géants vaincus et mutilés.

A quatre arpents en arrière, une montagne, haute de cent pieds, coupée à pic, sur le sommet de laquelle repose une couronne de beaux arbres met la demeure à l'abri des vents du nord et de l'ouest. Au flanc de la montagne, à cinquante pieds du sol, s'enfonce une grotte qui ressemble à une bouche entr'ouverte ; au-dessus s'avance perpendiculairement un bloc formé d'une seule pierre qui offre l'apparence d'un nez gigantesque: de là le nom de Butte-au-nez. »

J’ai bien essayé avec mon ami Gérard de retracer cette grotte, mais en hiver et en raquettes, avec beaucoup trop de neige au sol, nous n’y sommes pas parvenus. Ce n’est que partie remise!

Mais même si les premiers colons à s’établir le long de la rivière n’obtiennent leurs titres qu’à partir de 1900, plusieurs sont arrivés dès 1882, dont Grégoire Carrière. Ce fut presqu’exclusivement au sud du lac et allant jusqu’à la Pointe-à-Baptiste que les premiers lots furent alloués. On y retrouve les noms de Joseph Carrière (1893), Louis Tanascon (1901), Georges et Émilien Chartrand (Eh oui, mon arrière-grand père et son père Émilien, 1902), Joseph Émard (1901), et plus tard, Arthur Lamontagne (1919), Lucia Delorme (1930). Ce dernier lot situé à droite de l’ancien camping Poliquin, deviendra plus tard un lieu de villégiature important à partir de 1940.

En 1887, un chemin (carte arpentage chemin de colonisation) fut construit entre Duhamel et Nominingue afin de relier la région d’Ottawa avec les Hautes Laurentides, dans le but de favoriser la colonisation, alors encouragée par le curé Labelle. Ce chemin, dont certains tronçons existent encore intégralement, comme le sentier Le Chemin du Roi (Club Skira, carte des pistes) aura coûté 12,447.08$ plus 5000$ pour l’exploration!

Dès 1889, un premier colon en partance de Nominingue, Maxime Dumoulin, vint s’établir avec ses 8 garçons et une fille presqu’à l’embouchure de la rivière Ernest, appelée alors le Creek Simon. L’emplacement de sa ferme, encore visible plus de cent ans plus tard, a été chambardée lors de la coupe forestière qui a suivi la tornade de 2006.

Dans une prochaine chronique, nous verrons l’arrivée du chemin de fer et la venue des premiers touristes au Lac Long, soit la période 1930-1960.

By Richard Chartrand, 2020-07-22


Part 2, The Settlers' Arrival
The arrival of the first settlers in Duhamel began around 1880. At that time, Long Lake was already feeling the effects of the log drive, turning Pointe-à-Baptiste into an island due to the rise in water levels caused by the lock on the Petit-Nation River. On an 1884 map (Spruce Lock), a lock, not a dam, is mentioned. Does this mean that log drivers could travel between the Chute de la Montagne and Long Lake, making their work easier? Visiting the “Dam-à-Tanascon” site, one can see the remnants of two structures on the riverbed. You will also find a historical interpretation panel. The site is located a few dozen meters from the first rapids on the river and is also accessible by a small trail from the road.

Pointe-à-Baptiste Island was already inhabited, probably by Jean-Baptiste Bernard, an Algonquin. Born in 1829 at Long Lake, in 1884, he was living on his farm with his wife and four children. The attached map, by surveyor Mathieu in 1884, shows four buildings. In 1896, another map, by surveyor McLatchie, provides more details (Detailed map Pte-à-Baptiste). As mentioned in the previous chronicle, he was not the only person living at Kajakokanak Lake (the Algonquin name for Long Lake). Simon Kanawato (Lac Simon is named after him) also lived there, as did Amable Canard blanc, for whom the island on Lac Simon is named.

It is likely that the small rock island at the mouth of the Petite-Nation River, known as La Roche- à-Jean, was named for the same Jean-Baptiste or perhaps his son, Jean. According to accounts of the time, a woman accompanying the log drivers on a trip through the woods was frightened by a violent thunderstorm that had risen on Long Lake. Because they were having difficulty manoeuvring the boat with the boom it was dragging, she was left on the island for the night with a native named Jean and they were rescued the next day. This woman’s story came to me from my grandfatherhe was talking about his mother. It’s also the same story they relate in the village. A boat anchor was found near the island and has been mounted at the entrance to the village in Duhamel.

Villages come into being with the arrival of people who, in the hope of a better life, decide to settle in a region that seems favourable to them. They may have heard about it through word of mouth, or the authorities decide to colonize an area by providing land to settlers. They think they will find work there and start a family, or simply, but more rarely, they come out of a taste for adventure. At the end of the 19th century, everyday life was already an adventure for most ordinary people.

As the first exploration surveys were completed, Long Lake was divided administratively into two territories, Gagnon Township and Preston Township. Duhamel was called Preston at the time. The first settlers arrived in Duhamel and Long Lake in the 1880s. The road leading to Long Lake, called “Mercier Road” on some maps, was rudimentary. It was more of a logging road, because what attracted the first settlers was the possibility of logging in the winter and working on a farm come spring.

One of the first to settle at Long Lake was the Rev. Amédée Thérien, chaplain of the Reform School of Montreal, also known as Mont St-Antoine. He arrived in September 1880 with a few young adults or teenagers in the hope of “reforming” them by getting them interested in agriculture. He settled at the mouth of the river opposite the peninsula. He brought with him some two thousand grape vines which he planted on the island in the hope of producing wine there. Despite his praiseworthy efforts, these young settlers had no interest in staying. Only the name Île-à-Raisins remains today. Here is what Father Proulx recounts during an expedition of eight people to Long Lake to visit the young colony (Voyage au lac Long, Rév. J.B. Proulx, Imprimerie du nord, 1882). The group included Rev. J.B. Proulx, Amédée Thérien, expedition leader, his mother, Mrs. Pierre Thérien, who wanted to visit her grandson, C. Gagnon, his brother Olaüs Thérien, a law student, J. B. Malboeuf who was attending the college and who came to choose some land with two friends, an Irishman and medical student, D. McNamara, and a student from the Reform School, M. Rodrigue, a strong young man. They first slept at Saint-André-Avelin, at the rectory and hotel, then at Hartwell (Chénéville). They travelled from Montreal by train and then by stagecoach from Papineauville. This short book, that describes what he sees and who they meet, is an interesting read that gives a good description of customs at that time.

“The house rises on a point that juts out into the lake, a tongue of land with a dozen arpents suitable for cultivation. Already, three arpents have been cleared through the firs, maples and big elms, whose enormous trunks lie on the ground like defeated and mutilated giants.

Four arpents further back, a hundred-foot, steeply cut mountain, with a crown of beautiful trees at the top, shelters the house from the north and west winds. On the side of the mountain, fifty feet above the ground, there is a cave that looks like an open mouth; perpendicularly above it there is a block made of one single stone that looks like a gigantic nose: hence the name Butte-au-nez.” (unofficial translation)

My friend Gérard and I tried to find this cave, but in winter and on snowshoes, with too much snow on the ground, we didn't have any luck. We’ll try again!

But even if the first settlers to reside along the river did not get their land titles until 1900, many arrived as early as 1882, including Grégoire Carrière. It was almost exclusively south of the lake and as far as Pointe-à-Baptiste that the first lots were allocated. We find the names of Joseph Carrière (1893), Louis Tanascon (1901), Georges and Émilien Chartrand (that’s right, my great grandfather and his father, Émilien, 1902), Joseph Émard (1901), and later, Arthur Lamontagne (1919), Lucia Delorme (1930). This last lot, located to the right of the former Poliquin campground, would later become an important resort in the 1940s.

In 1887, a road (survey map) was built between Duhamel and Nominingue to link the Ottawa region with the Upper Laurentians, in order to promote colonization, which was being encouraged by Father Labelle. This road, some sections of which still exist in their entirety, such as the Chemin du Roi trail (Club Skira, trail map) cost $12,447.08 plus $5,000 for the exploration!

As early as 1889, the first settler from Nominingue, Maxime Dumoulin, settled with his eight sons and one daughter almost at the mouth of the Ernest River, which was then called Simon Creek. The site of his farm, still visible more than a hundred years later, was disturbed during the logging operation after the 2006 tornado.

In a future chronicle, we will see the arrival of the railroad and the first tourists at Long Lake during the 1930-1960 period.

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